Türkiye

Published on Mart 18th, 2017 | by Avrupa Forum 3

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Péril fasciste sur la Turquie -Tuncay Yılmaz (Guy Zurkinden – Rédacteur)

Le président Recep Tayyip Erdogan veut cimenter son régime dictatorial et guerrier en s’arrogeant les pleins pouvoirs. Un référendum à haut risque sera tranché le 16 avril prochain.

Tuncay Yilmaz est co-président du Parti de la refondation socialiste, une des organisations fondatrices de la principale force d’opposition en Turquie, le Parti démocratique des peuples (HDP). Emprisonné durant trois ans en raison de ses activités politiques, il a dû s’exiler en Suisse pour échapper à une nouvelle condamnation à neuf années de prison. Interview.

Quels sont les enjeux du référendum du 16 avril?

Tuncay Yilmaz – Le projet de révision constitutionnelle soutenu par le Parti de la justice et du développement (AKP) veut concentrer tous les pouvoirs dans les mains du président Erdogan. Si le OUI l’emporte, la Turquie se transformera en dictature fascisante. L’Etat d’urgence deviendra la norme et M. Erdogan aura carte blanche pour approfondir sa politique: guerre contre le peuple kurde; assimilation forcée à l’encontre des populations non-sunnites; islamisation de tous les aspects de la vie quotidienne, avec une forte répression des femmes et de la population LGBT; attaques contre le monde du travail et les syndicats; soutien à la guerre menée au Proche-Orient par les régimes sunnites (Arabie Saoudite, Qatar).

Et si le NON l’emporte?

Erdogan refusera probablement de reconnaître ce résultat, comme il l’a fait après les élections législatives de juin 2015, lorsqu’il a perdu sa majorité parlementaire. Suite à ce résultat, Erdogan a lancé une double guerre: à l’intérieur du pays, contre les Kurdes; à l’extérieur, en intervenant directement dans le conflit syrien. En parallèle, il a instauré progressivement un régime dictatorial.

Un NON n’effacerait pas cette réalité. Mais ce résultat redonnerait du courage à toute la gauche et pourrait fissurer le bloc qui soutient Erdogan, composé de l’extrême-droite, des nationalistes, des islamistes radicaux et de secteurs importants de la bourgeoisie.

Notre résistance devra donc continuer au lendemain de la votation.

Quels sont les soutiens du gouvernement AKP?

Des secteurs significatifs de la bourgeoisie turque soutiennent la politique d’Erdogan. Prenons l’exemple de la famille Koç. Cette famille est à la tête de Koç holding, un des plus grands conglomérats capitalistes de Turquie, actif dans les banques, l’automobile, l’électricité, la sécurité et la pharma. Ce groupe réalise de gros profits en achetant du pétrole de Daech pour le revendre. En quinze ans de gouvernement AKP, la famille Koç a quadruplé le capital qu’elle contrôle. En s’appuyant sur Erdogan, des secteurs capitalistes veulent accaparer une part plus grande du gâteau économique dans la région, notamment dans le domaine du gaz et du pétrole. Il n’y a donc pas que les secteurs liés aux islamistes qui l’appuient.

Erdogan réussit aussi à avoir le soutien de secteurs populaires aveuglés par le nationalisme et l’islamisme. Sa politique d’islamisation lui permet de surfer sur l’identité sunnite qui imprègne une partie de la population. Sa guerre contre les Kurdes lui amène aussi les faveurs des nationalistes et de l’extrême-droite. La bataille contre ces deux fléaux, l’islamisme et le nationalisme, doit être une priorité pour la gauche turque.

Qu’en est-il de la résistance kurde?

À la suite des élections de juin 2015, le gouvernement a rompu le processus de paix avec le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan). Puis l’armée turque a détruit des villes entières du Kurdistan turc, au sud-est du pays; des centaines de personnes ont été massacrées; les élus kurdes au Parlement ont été emprisonnés, ainsi que de nombreux maires.

Une grande partie de la population kurde a vu ses biens détruits par l’Etat turc. Et cela sous les yeux de la communauté internationale qui n’a pas levé le petit doigt, en raison de la position géostraté- gique de la Turquie au Proche-Orient. Il y a donc un sentiment de démoralisation et de perte de confiance au sein de larges secteurs de cette population. Qui votera tout de même majoritairement NON le 16 avril.

Qu’attendez-vous de la solidarité interna- tionale?

Seul un mouvement d’en bas, issu de la classe travailleuse et des syndicats turcs, permettra de renverser le gouvernement Erdogan. Néanmoins, nous pensons que la situation en Turquie concerne l’ensemble des forces démocratiques et des syndicats. Le régime d’Erdogan s’appuie sur le nationalisme et l’islamisme, tout en imposant des politiques néolibérales. Une victoire des forces d’opposition en Turquie serait une victoire pour l’ensemble des salariés européens, eux aussi confrontés au néolibéralisme et à la montée des forces nationalistes et de l’extrême-droite. Notre objectif est de construire une résistance, ensemble avec la classe travailleuse européenne. Contre la droite fascisante en Turquie, mais aussi contre les droites nationalistes dans toute l’Europe.

 

services PUBLICS – 17 mars 2017

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